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\setcounter{secnumdepth}{0}
\title{Atelier 1 : Enjeux}
\author{Cycle d'ateliers Internet et vie privée}

\begin{document}

\maketitle

\begin{multicols}{2}
\section{Rien à cacher ?}

« \emph{Mais pourquoi aurai-je besoin d'être parano ? Je n'ai rien à cacher.} »
pourrait-on entendre en réponse au conseil précédent…

Et le code secret de votre carte bleue ? Son numéro et sa date
d'expiration ? Aucun soucis à ce qu'on utilise l'argent sur votre
compte bancaire ? Tout le monde a quelque chose à cacher…

Et encore, vous avez quelque chose à cacher \emph{maintenant}. Mais
qu'en sera-t-il plus tard ? Les lois et les gouvernements changent.
Votre situation personnelle peut changer. Ce qui n'était pas
important avant (comme cette fois où vous avez sauté la barrière de
votre lycée pour aller manifester avec les copains et copines) peut
devenir important (si vous postulez auprès du Ministère de
l'Intérieur%
\footnote{L'anecdote vient du livre « Sous surveillance ! » de T. Rousselin
et F. De Blomac.}
).

\section{Des ordinateurs ?}

Les ordinateurs sont des machines conçues pour s'occuper
d'informations. Malheureusement. Ces machines savent précisemment
enregistrer, traiter, analyser, classer de l'information. Et c'est
par ces machines que passe une partie de plus en plus grande de nos
existences… que ce soit dans les bases de données de producteurs,
d'exploitants, de marchands ou dans l'intimité de nos courriers.

Et comme dans les ordinateurs, la copie ne vaut que quelques
micro-volts, on peut considérer que
\emph{mettre une information sur un ordinateur}, surtout quand il
est sur un réseau,
\emph{c'est accepter qu'elle peut nous échapper}.

\emph{Note :} Ceci n'est pas un jugement moral sur ces technologies
simplement un rappel de faits. Internet et les ordinateurs sont
là ; on peut choisir de les utiliser plus ou moins, mais en restant
dans le monde occidental, on n'y échappe jamais vraiment
totalement, alors autant essayer de comprendre ce que ça implique.

\section{L'essentiel sur Internet}

Internet est un « réseau à connectivité globale ». Toutes les
machines peuvent parler à toutes les autres machines. Donc toutes
les machines connectées ont une adresse, qu'on appelle une adresse
IP. Tout comme on a une adresse pour que La Poste amène du
courier.

Genre : \texttt{80.67.172.39} (\texttt{webmail.no-log.org})

Internet est un réseau \emph{a-centré} : il n'y a pas de centre.
Les informations transitent à travers une multitude de machines
(des \emph{routeurs}) qui tentent d'acheminer ce qu'elles reçoivent
vers leur destination.

Internet fonctionne en découpant les données échangées en petits
morceaux qu'on appelle des paquets. Ces paquets sont indépendants,
peuvent être perdus, prendre plusieurs chemins différents…
Contrairement au téléphone pour lequel on établie d'abord un
circuit entre les « centraux » qui ne change pas du début à la fin
de la communication.

99\% des paquets acheminés par Internet contiennent une adresse
d'expédition et une adresse de destination. L'adresse d'expédition
permet de faire parvenir un ou pluiseurs paquets en réponse. Ça
peut être un routeur qui dit « machine injoignable » ou les données
qu'on a pu demander à un serveur.

\section{Les « logs »}

Quand on envoi des paquets de données vers Internet, on ne sait pas
ce que les machines qui le transmettent en font, ni ce qu'en fait
concrêtement la destination.

Dans la majorité des cas, si on s'adresse à un serveur, ce dernier
va enregistrer la requête dans un journal avec l'heure, l'adresse
ayant effectué la demande et la nature de cette dernière. Cela est
valable pour le web, le mail, et la plupart des autres services.

En France, le décrêt du 24 mars 2006 stipule que les « opérateurs
de communications électroniques conservent […] » :

\begin{enumerate}[1.]
\item 
  Les informations permettant d'identifier l'utilisateur ;
\item 
  Les données relatives aux équipements terminaux de communication
  utilisés ;
\item 
  Les caractéristiques techniques ainsi que la date, l'horaire et la
  durée de chaque communication ;
\item 
  Les données relatives aux services complémentaires demandés ou
  utilisés et leurs fournisseurs ;
\item 
  Les données permettant d'identifier le ou les destinataires de la
  communication.
\item 
  Pour les activités de téléphonie […] celles permettant d'identifier
  l'origine et la localisation de la communication.
\end{enumerate}
Et celà pour une « durée de conservation des données […] d'un an à
compter du jour de l'enregistrement. »

Ces informations doivent être transmises à la suite d'une
\emph{réquisition judiciaire} émise par un juge d'instruction dans
le cadre d'une enquête. Néanmoins, la loi « Antiterroriste » du 3
janvier 2007 permet aux membres des brigades anti-terroristes
d'effectuer ces requêtes sans intermédiaire.

L'essentiel des lois concernant la responsabilité des fournisseurs
de service à ce jour est rassemblé sur le site de l'association
Globenet%
\footnote{\url{http://www.globenet.org/Le-Tombeau-de-la-Liberte.html}}
.

Sans qu'on le sache non plus, il est aussi possible pour tous les
intermédiaires d'analyser les données qui sont transités. Ou de les
enregistrer quelque part. Voir de les modifier sur le chemin.

\section{\emph{Spoofing}}

Le « spoofing », c'est le nom anglais de la technique permettant de
se faire passer pour ce qu'on est pas.

Internet, au début, y avait une dizaine de facs aux États-Unis,
soit un environnement ou les gens se font confiance. Or maintenant,
c'est beaucoup plus grand mais la plupart des protocoles inventés à
l'époque n'ont pas changé.

Du coup, il existe des techniques permettant de mentir entre autre
sur le contenu de l'annuaire (DNS), l'adresse d'émission d'un
paquet, les systèmes coordination des routeurs, et bien entendu
l'email.

\section{Sniffage}

N'importe quel intermédiaire dans le réseau peut examiner le
contenu des données qui transitent. Mais c'est aussi possible par
ailleurs : un ordinateur peut se faire passer pour un intermédiaire
(\emph{spoofing}), sur le Wi-Fi, il suffit d'être à côté ou d'avoir
une bonne antenne, sur le cable ou l'ADSL, il existe également des
techniques… Bref, le plus simple est de partir du principe que tout
ce qui sort d'un ordinateur à destination du reste d'Internet peut
être observé.

Donc on utilise des techniques cryptographiques pour chiffrer les
échanges afin que seul les interlocuteurs auxquels ils sont
destinés puissent les lire. Mais ce n'est pas aussi simple. Par
exemple, avec le \emph{webmail} de GMail ou Yahoo!, seul la phase
de connexion (où l'on entre le mot de passe) est chiffrée. Le reste
des pages (et donc des messages personnels) ne l'est pas, les
messages sont donc envoyé « en clair » et lisible par tout le
monde. C'est un exemple parmis tant d'autre…

\section{\emph{Man-in-the-middle}}

Il faut aussi s'assurer qu'on chiffre pour le bon interlocuteur.
L'utilisation du protocole « sécurisé » d'accès au web,
\verb!HTTPS!, utilise pour cela des certificats. Il est
\emph{nécessaire} d'y porter attention, sans cela, il est facile de
se faire passer pour le serveur auquel on croit se connecter de
façon « sûre », alors qu'en fait tout le chiffrage ne sert à rien ;
vu que l'intégralité des échanges est intercepté.

\section{Ce qu'on donne (trop) volontairement}

On pourrait continuer à démontrer tout ce qui fait que la
« sécurité informatique » est un mythe pendant longtemps, mais
peut-être est-ce plus intéressant de regarder à quel point on peut
aussi avoir tendance à diffuser nous-mêmes des informations de
notre vie privée.

Les journalistes de la revue \emph{Le Tigre} ont publié dans le
volume 28 de leur revue ce qu'ils ont appelé un « portrait
Google », une idée « tout simple : on prend un anonyme et on
raconte sa vie grâce à toutes les traces qu'il a laissées,
volontairement ou non sur Internet. » Ce premier portrait, de Marc
L\emph{*}%
\footnote{\url{http://www.le-tigre.net/Marc-L.html}}
, a ensuite fait pas mal de bruit dans la presse%
\footnote{\url{http://www.le-tigre.net/Volume-30.html\#page\_12}}
.

En effet, ce portrait, réalisé à partir de \emph{Google},
\emph{Facebook} et \emph{Flickr}, surtout, contenait le lieu de
résidence, les voyages, l'employeur, et des descriptions physiques
des ami·e·s de Marc L\emph{*}. Et beaucoup de journalistes ont crié
« au scandale », alors que toutes ses informations étaient visibles
par (quasiment) tout le monde sur Internet ; vu qu'elles y avaient
été généreuseument mises en ligne par l'intéressé.

L'exemple est suffisament parlant : on laisse des traces
indélébiles%
\footnote{Le projet \emph{Internet Archive} passe justement son temps à
archiver toutes les pages web disponibles sur Internet :
\url{http://www.archive.org/}}
de nos intimités, souvent bien trop volontairement. Et sans trop
savoir à qui ni à quoi elles pourraient servir.

Et si certaines personnes en doutaient, ces informations sont
\emph{déjà} exploité par la police, comme en témoigne un article du
Figaro du 2 avril 2009%
\footnote{\href{http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/04/03/01016-20090403ARTFIG00007-facebook-ou-myspace-une-mine-d-or-pour-la-police-.php}%
{\texttt{http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/04/03/\\
01016-20090403ARTFIG00007-facebook-ou-myspace-une-mine-d-or-pour-la-police-.php}}}
. Et vous pouvez toujours vous dire que vous n'avez rien à vous
reprocher, mais « pour de simples vérifications d'environnement,
comme les fréquentations d'un suspect, les enquêteurs accèdent aux
informations au même titre que n'importe quel surfeur puisqu'elles
sont publiques. »

Vous êtes sûr·e que vous n'allez pas faire vos courses dans une
épicerie quelque part en Corrèze ?

\section{L'espoir fait vivre}

L'informatique et les outils de communications éléctroniques sont
là. On peut lutter contre, refuser de s'en servir, mais cela
n'empêchera pas d'autres de s'en servir \emph{malgré} nos volontés…
la \emph{vie privée} est rarement une affaire solitaire. Alors
\emph{soyons parano}, prenons l'habitude de nous interroger sur ce
que deviennent les informations nous conçernant, et
réapproprions-nous l'usage (ou le non-usage) de ces outils.

\end{multicols}
\end{document}
